Le développement dans le bon sens

Imaginez.

Vous habitez dans une maison au fond de la Creuse. Elle est grande, bien placée, ensoleillée comme il faut. Seul problème : elle est en ruine. Vous auriez bien fait appel à des professionnels, mais ça ne les intéresse pas vraiment de venir travailler pour vous : vous êtes trop loin de la « civilisation » et puis bon, c’est un chantier sans lendemain pensent-ils. Qu’à cela ne tienne, vous vous armez de votre courage et votre bonne volonté et décidez de faire tous les travaux nécessaires pour en faire une charmante maison d’hôtes. Un touriste qui passe par là voit votre maison, la trouve superbe et se dit que c’est dommage qu’elle soit dans cet état. Il décide alors de vous aider à retaper la bicoque. Cela part d’une bonne intention, n’est-ce pas ?

Comme il est libraire et adore les livres, il choisit une pièce dans la maison et décide d’en faire votre future bibliothèque. Vous n’êtes pas foncièrement contre. C’est vrai qu’une bibliothèque, c’est sympa et puis en même temps, vous ne vous posez pas trop de questions ; après tout, vous avez d’autres priorités à gérer. Alors vous le laissez faire. Il construit donc sa belle bibliothèque, avec livres reliés, bois satiné, fauteuils Voltaire et tout le tintouin.

De votre côté, vous en êtes encore à chercher comment vous raccorder au réseau d’eau municipal.

À force de vous côtoyer dans la maison, vous avez finit par sympathiser avec le collègue. Il est gentil, c’est vrai mais il est un peu agaçant à vous parler de sa bibliothèque, à vous demander sans cesse de venir voir. En plus, il semble terriblement vexé quand il vous pose une question sur le type de livres que vous souhaiteriez avoir dans votre bibliothèque et que vous n’avez pas d’avis parce que vous essayez surtout de savoir comment vous allez payer les prochains tuyaux pour finir votre raccordement.

Le temps passe, les travaux avancent. Un jour, il débarque devant vous, fier comme un paon, vous oblige à poser la clé à molette que vous aviez dans les mains et vous entraine dans la belle bibliothèque qu’il vient de terminer. Oh la la, qu’est-ce qu’elle est belle, hein ? Alors comme vous êtes poli et qu’après tout, il a fait ça pour vous, vous le remerciez chaudement, vous lui offrez un verre. Vous êtes même à deux doigts d’appeler tout le village pour fêter ça ensemble, parce qu’elle est vraiment chic, cette bibliothèque.

Lui a terminé ses vacances et votre bibliothèque, alors il rentre chez lui, tout heureux. Oui, c’est vrai, il a fait une bonne action, il a bossé gratuitement pour faire votre bibliothèque. Ah ! La fierté du devoir accompli…

Sauf que le lendemain de son départ, vous vous rendez-compte d’une chose : il va falloir détruire une partie de son boulot pour faire passer la tuyauterie avec laquelle vous vous débattez depuis un mois. Vous essayez de faire attention, mais bon, vous n’avez pas trop le temps et puis il vous emmerde l’autre avec sa bibliothèque que vous n’avez jamais demandée. Surtout que cette bibliothèque, c’est votre femme qui aurait dû s’en occuper. Résultat, elle a passé l’été à s’acharner sur la tuyauterie avec vous parce qu’il fallait bien qu’elle s’occupe alors qu’elle aussi, elle est bibliothécaire de formation.

Plus tard, les travaux ont bien avancés. La tuyauterie est enfin en place. Reste encore toute l’électricité à faire, la peinture, le double vitrage, etc. Et puis voilà qu’un matin, ce monsieur qui était venu vous faire la bibliothèque repasse car il est de nouveau en vacances. Comme il est dans la région, il vient voir ce qu’est devenue votre maison. Vous l’accueillez avec plaisir, car après tout, il a été très sympa avec vous la dernière fois. Vous discutez un peu et il demande à voir sa bibliothèque. Stupeur ! Une partie de la pièce est dégradée à cause des travaux que vous avez faits quand il est parti (vous avez fait ce que vous avez pu, mais vous n’avez pas votre diplôme de plombier) et l’autre partie de la pièce est toute poussiéreuse. Il doit se rendre à l’évidence : vous ne vous êtes pas servi de sa belle bibliothèque. Froissé, il repart et ne reviendra jamais vous voir. En rentrant chez lui, il dira à sa femme que vous êtes un bon à rien, que vous ne méritez pas tout le mal qu’il s’est donné pour vous et surtout, que c’est un beau gâchis.

Et bien le développement dans les pays dits « du Sud », c’est la même chose. On ne met pas la charrue avant les bÅ“ufs ! On commence par les fondations avant de penser à autre chose. Typiquement, tant qu’il n’y a pas d’eau dans le village (je ne parle même pas de l’eau courante dans toutes les maisons, mais simplement d’un puits à la sortie du village) et une route pour rallier la grosse agglomération de la région, ça ne sert à rien d’y installer une école. Pourquoi ? Parce que lorsqu’il faut faire onze kilomètres à pieds ou en charrette chaque jour pour aller chercher de l’eau pour une famille de dix personnes, pensez bien qu’il n’y a pas de bras en trop.

Je n’invente rien, Maslow a tout résumé dans sa pyramide.

Prochaine étape : pourquoi est-ce plus malin de récolter de l’argent au Nord pour ensuite acheter son container de fournitures scolaires au Sud plutôt que de faire venir son container déjà plein du Nord vers le Sud ?

Opération “Tempête du désert”

À la belle époque, j’avais posté une photo sur laquelle on pouvait voir la tempête de sable arriver (pour les possesseurs d’une mémoire de poisson rouge, c’est ici). Et bien, quelques mois après, je vous offre la version vidéo du même phénomène météorologique.

La vidéo ne m’appartient pas, elle a été faite par une de mes connaissances sur place, à l’époque où elle y était (et moi pas encore). J’avoue, j’aurais bien aimé en être l’auteure (tout comme pour la photo de l’article pré-cité).

Dimanche 3 octobre 2010 Illustrations Pas de commentaire

Dingue !

Le record mondial de vitesse d’un volant de badminton (en plume d’oie véritable) est détenu par un malaisien : 421 km/h.

Les joueurs de tennis peuvent aller se rhabiller !

Lundi 23 août 2010 Chiffres 3 commentaires

L’administration sénégalaise

Un petit coup de téléphone ce soir m’a fait me souvenir d’une discussion avec un ancien collègue matamois. Ce dernier me décrivait son plan de carrière de la manière suivante : “je bosse une dizaine d’année dans le développement et ensuite, je me trouve un poste dans l’administration. J’estime qu’après dix ans à travailler au développement de mon pays, j’aurais bien mérité ça.”

Comme quoi, ça n’a pas l’air trop stressant l’administration chez eux !

Vendredi 23 juillet 2010 Sénégal Facts 2 commentaires

Moi, je pense que

C’est fou comme la Coupe du Monde football © est un catalyseur d’avis fermes et définitifs émis par des gens qui avouent eux-même (et sans qu’on leur demande) ne rien y connaître.

Encore ce soir, alors que je rentrais tranquillement en métro avec une collègue, je lui donne le score du match Espagne-Allemagne (victoire 1-0 des mangeurs de chorizo). Ma collègue s’exclame “Oh ! C’est dommage, j’aurais pensé que l’Allemagne gagnerait”. Bon, soit. Et là, son voisin de siège s’intègre dans la conversation avec la phrase suivante : “Ouais, mais c’était sûr que l’Espagne gagnerait. Enfin, je ne m’y connais pas trop en foot, mais c’était évident”. Alors, 1. de quoi je me mêle ? 2. C’est toujours plus facile d’émettre un avis une fois le score acquis. 3. Si tu n’y connais rien, tu te tais, c’est une question de bon sens.

C’est la deuxième fois ce mois-ci que j’entends ces commentaires typiques de gens qui ne s’intéressent aucunement au football, mais comme c’est le sujetDU moment, ils se sentent obligés d’avoir un avis bien tranché, histoire d’exister dans les conversations. Mais les gars, ce n’est pas grave, détendez-vous ! Personne ne vous a demandé de vous intéresser à une peau de vache qui roule sur un pré. Personne ne peut avoir une opinion argumentée et sérieuse sur tous les sujets d’actualité. Reportez-vous sur le Tour de France (tous dopés !), les affaires politico-financières (tous pourris !) ou la crise économique (de toute façon, c’est la faute au gouvernement !).

Le plus agaçant dans ces situations, c’est que tu ne peux même pas argumenter avec eux. N’y connaissant rien, ils préfèrent enfoncer des portes ouvertes ou bien jouer de mauvaise foi lorsqu’on leur oppose un argument un peu construit (encore plus lorsqu’il s’agit d’une femme qui leur parle de football).

Mais bon, au moins, je comprends mieux le barouf autour de l’équipe de France de football…

Mercredi 7 juillet 2010 Ça m'énerve 2 commentaires

Quinze jours dans le désert américain

Mais de quel désert parle-t-on ? Il s’agit en réalité du titre d’un récit de voyage d’Alexis de Tocqueville, célèbre économiste du XIXème siècle. Parti au départ pour étudier le système pénitentiaire américain, il en profitera surtout pour jouer le premier touriste des Amériques.

Il décrit ici le désert que constitue alors la région des Grands Lacs (aujourd’hui Chicago, Détroit, etc.) : la forêt vierge, les moustiques géants, l’absence de civilisation, la cohabitation entre Indiens et ex-Européens.

On en profite pour découvrir qu’à l’époque, certains utilisaient des ours comme chiens de garde, que le concept de tourisme n’était pas encore très développé (il devait se faire passer pour un migrant souhaitant s’établir) et surtout que les rapports entre Indiens et ex-Européens étaient déjà ambigües et entachés d’incompréhension. Cependant, le plus flagrant dans ces quelques pages (85, à peine), c’est de voir avec quelle justesse Tocqueville perçoit le futur des États-Unis et la mentalité de ses habitants : “[...] nous étions conduits à assister à l’une des scènes du monde primitif et à voir le berceau encore vide d’une grande nation. [...] Dans peu d’années ces forêts impénétrables seront tombées. Le bruit de la civilisation et de l’industrie rompra le silence de la Saginaw. Son écho se taira… Des quais emprisonneront ses rives, ses eaux qui coulent aujourd’hui ignorées et tranquilles au milieu d’un désert sans nom seront refoulées dans leur cours par la proue des vaisseaux.”

Jeudi 1 juillet 2010 Citations Pas de commentaire

Tellement vrai

“L’amour-propre est un ballon gonflé de vent, dont il sort des tempêtes quand on lui fait une piqûre.”

Voltaire - Zadig ou la destinée

Jeudi 24 juin 2010 Citations Pas de commentaire

Quand le cynisme n’a pas de limite…

« Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. [...] L’inquiétude [à propos des agents toxiques] sera de toute évidence beaucoup plus élevée dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour attraper le cancer que dans un pays où la mortalité infantile est de 200 pour 1 000 à cinq ans. »
Note interne à la Banque mondiale de Lawrence Summers écrite le 13 décembre 1991, publiée par The Economist le 8 février 1992.

« Il faut prendre des mesures draconiennes de réduction démographique contre la volonté des populations. Réduire le taux de natalité s’est avéré impossible ou insuffisant. Il faut donc augmenter le taux de mortalité. Comment ? Par des moyens naturels, la famine et la maladie.»
Robert McNamara, président de la Banque mondiale de 1968 à 1981 (citation issue de Nourrir l’humanité, de Bruno Parmentier)

Lundi 31 mai 2010 Citations 2 commentaires

Les patrons ne sont pas (tous) des cons*

« Certains considèrent le chef d’entreprise comme un loup qu’on devrait abattre ; d’autres pensent que c’est une vache que l’on peut traire sans arrêt ; peu voient en lui le cheval qui tire le char. »

Winston Churchill

* J’en connais plusieurs si vous voulez en rencontrer.

Vendredi 21 mai 2010 Citations Pas de commentaire

Finesse anglaise

Grâce à un opportun déménagement, j’ai pu redécouvrir Agatha Christie. Bien que l’ayant beaucoup lue dans ma prime jeunesse, je l’avais un peu oubliée (et les coupables de ses histoires avec). Et bien entendu, j’avais aussi oublié son humour si britannique. Pour la peine, petite citation extraite de “La plume empoisonnée” :

“L’ennui, c’est que les mères ne peuvent pas dire qu’elles ne veulent pas de leur enfant et s’en aller. La chatte mange ses petits, elle. Ce n’est pas bête. Ça ne fait pas d’histoires et il n’y a rien de perdu.”

Mardi 11 mai 2010 Citations Pas de commentaire