Matam Facts
Chez mon boutiquier
Dans mon quartier, il y a un boutiquier. Bon, en fait, il y en a bien plus qu’un, mais disons que c’est chez lui que je vais. Sa boutique, c’est une boite en feraille de deux mètres sur deux. Vue comme ça, elle ne paie pas de mine, mais en réalité, c’est une véritable caverne d’Ali Baba. Quoi que tu cherches, il l’a (en général). Cela part des produits de base (cube Maggi ou oignons) en passant par de la lessive, du beurre, des bonbons, du gel pour les cheveux, des chaussures de foot, des mèches pour les filles, des casques audio, une douille pour ampoules, etc.
Et puis alors, même si tu ne vois pas ce que tu cherches, il faut demander car il est plein de ressources (et de cachettes).
Ci-dessous, un aperçu de son bric-à -brac :
J’ai trouvé des amis, man, trouvé des amis
Le sénégalais est chaleureux et accueillant, c’est de notoriété publique. Ce que l’on sait peut-être moins (mais que l’on peut en déduire de la phrase précédente), c’est que le sénégalais échange volontiers son numéro de téléphone. Ainsi, après presque un an ici, je pense avoir récupéré plus de numéros que tous ceux que j’ai pu récolter en cinq ans en France.
Parmi ces 124 contacts, quelques petits chiffres intéressants :
- 4 Mbaye, 5 Diallo, 6 Sow et 8 Ndiaye (aucun lien de parenté entre tous) ;
- 3 personnes dont je n’ai pas la moindre idée de qui ça peut être ;
- 12 contacts que j’ai rentré alors que je n’ai jamais eu aucune intention de les appeler ;
- 12 prétendants ;
- 7 gars dont j’ai rentré le numéro pour pouvoir ne pas leur répondre quand ils m’appellent.
Du coq à l’âne
Assister au début de l’hivernage, c’est super rigolo. En deux pluies, tout reverdi et on se croirait dans un autre pays. Regardez la différence entre la première photo, qui est le paysage typique du coin que l’on a neuf mois dans l’année :
Et la seconde photo qui est le résultat de quatre pluies étalées sur quatre semaines :
Ce qui est aussi vraiment surprenant, c’est de voir là où l’herbe pousse (ou ne pousse pas) :
Enfin bref, c’est un peu une lutte d’influence :
Trois chiffres
Consommation d’eau par jour et par personne :
- 120 Ã 150 litres en France,
- 26 à 28 litres au Sénégal,
- 18 litres à Matam.
Et oui, c’est assez sec par chez nous et les puits ou forages ne courent pas systématiquement les rues…
Jamais contente
L’hivernage est arrivé. Youpi ! À nous les moustiques, la boue, la pluie.
Non, parce qu’ici, la météo, c’est la galère presque toute l’année :
- de mars à juin : il fait chaud (pas moins que 35°, parfois plus que 49°), sec, et il y a des tempêtes de sable régulièrement qui rendent l’air étouffant et encore plus chaud que d’habitude (et en prime, qui donne un aspect jaunâtre à tout ce qui nous entoure) ;
- de juin à septembre : c’est la pluie. C’est sympa la pluie, surtout depuis le temps qu’on l’attend. L’inconvénient, c’est que ça attire les moustiques (et le palu) et comme les routes ne sont pas forcément goudronnées, ça fait plein de boue partout. Enfin, à certains endroits, c’est des inondations à n’en plus finir ;
- de septembre à novembre : on entre en saison sèche. Il ne pleut plus et il se remet à faire beau (au sens européen du terme) et donc il se remet aussi à faire un peu chaud. Suffisamment pour transpirer toute la journée, mais pas assez pour faire fuir les moustiques ;
- de décembre à février : c’est la période froide de la saison sèche. Donc c’est assez sympa, puisqu’on redescend autour de 20-25° la journée et 16 au petit matin. C’est chouette, mais le problème, c’est que ni la maison, ni nous-même ne sommes équipés pour ces températures qualifiables de polaires : pas de vitres aux fenêtres, à peine un petit pull en stock, pas de couverture et pas d’eau chaude dans le robinet. Donc on a froid et on en arrive presque à souhaiter la remontée du thermomètre.
L’autre école (celle de la vie ?)
Il y a bien longtemps, je vous avais promis un petit pavé sur les talibés, l’école coranique et les marabouts. Le voilà enfin.
Je vais parler pour le Sénégal et sûrement plus particulièrement pour Matam car je ne sais pas bien comment ça se passe ailleurs.
Alors donc, au Sénégal, il existe ce qu’on appelle des écoles coraniques. Il s’agit d’écoles dans lesquelles les jeunes apprennent le Coran. Il ne s’agit que de garçons. Les plus jeunes entrent à l’âge de cinq ans et ils en ressortent (si tout se passe bien) quand ils ont terminé ; c’est-à -dire lorsqu’ils connaissent le Coran par coeur.
Concrètement, la journée se passe de la manière suivante : de sept à dix heures, ils sont dans l’école avec leur maitre coranique à apprendre les versets. Ensuite, ils partent à l’aventure dans les rues de Matam pour essayer de trouver à manger ou de l’argent. C’est le moment où tu vois plein de petits gars de moins d’1m50, pieds nus, tout poussiéreux, avec des fringues qui ressemblent plus à des loques, une boite de conserve à la main qui, soit font les cons (c’est des gamins après tout), soit viennent te voir pour te réclamer des sous.
En fait, ceux qui doivent ramener des sous (plutôt à Ourossogui) trainent au marché, à la station-essence, etc. Ceux qui cherchent à manger (plutôt à Matam) passent dans les maisons après le repas pour récupérer les restes.
Ensuite, retour à l’école pour continuer les cours, puis de nouveau vers 19h, ils repartent pour essayer de trouver à manger et vers 21h, encore des cours jusqu’au coucher. Et on recommence le lendemain.
Et les parents dans tout ça ? Et bien ils sont soit dans les villages alentour soit carrément à Dakar. Ils ont toute confiance envers le marabout qui est sensé veiller sur leur progéniture. Après, tous les marabouts ne sont pas sérieux : certains en profitent juste pour s’en mettre plein les poches, d’autres ne comptent même pas leurs gamins (j’en retrouve régulièrement un ou deux endormis devant chez moi à minuit), etc.
Concernant les punitions (un verset mal appris, de l’argent pas rapporté, une envie de se défouler, etc.), ça va de la privation d’un repas, en passant par la main droite sur l’oreille gauche, la main gauche sur l’oreille droite, on s’accroupit et on se relève, autant de fois que demandé ou bien par une bonne grosse raclée (qui peut très mal se terminer dans de rares cas).
Et donc, ils apprennent le Coran. La feinte, c’est qu’ils ne l’apprennent ni en pulaar, ni en wolof, ni en n’importe quelle langue qu’ils pourraient comprendre. Non, ils l’apprennent dans sa version original : en arabe de l’époque. Et la deuxième feinte, c’est qu’ils n’apprennent pas la traduction. En gros, lorsqu’ils sortent de l’école coranique, ils savent lire le Coran (en arabe ancien), ils savent réciter n’importe quel verset, mais ils n’ont pas la moindre idée de ce que ça peut bien vouloir dire. Et ils ont passé plus de dix ans à ça.
Cependant, assez étrangement (ou pas), il paraitrait que ce sont ces jeunes issus des écoles coraniques qui s’en sortent le mieux dans la vie adulte.
Pour la version plus soft, pas mal de jeunes fréquentent cette école en complément de l’école “normale” pendant les vacances ou le mercredi après-midi.
Bon, je crois avoir décrit ça de manière assez négative, mais j’ai tellement de mal à saisir le concept que bon…
Jour de fête
Samedi dernier, c’était la Fête Nationale au Sénégal. Ils fêtent le jour de leur indépendance : le 4 avril 1960. Comme dans tous les pays, c’est défilé et coquetteries à la capitale et ailleurs.
À Matam, nous avons aussi eu droit à un petit quelque chose. En plus de la gendarmerie, la police et l’armée qui sont dans le coin, ils ont fait défiler les jeunes : les écoles maternelles, primaires, les collèges, le lycée, les écoles de foot, l’école de volley-ball, les scouts, la Croix-Rouge, les associations de quartier, le club de karaté et celui de taekwondo.
C’était assez rigolo de voir le sérieux avec lequel même les plus petits défilaient devant le Gouverneur.
Ci-dessous, quelques photos de l’événement, prises par mon coloc’ (dont le site avec plus de photos est ici).
Champion du monde
Il paraitrait que les 18 et 19 mai 2008, Matam était l’endroit le plus chaud sur Terre. Ça laisse rêveur….
Comme à Las Vegas !
Mon coloc’ en a eu l’idée le premier et comme elle est bonne, je la lui emprunte (normal !). D’ailleurs, je lui emprunte même la photo qu’il a prise, car lui, au moins, il sait les prendre. Pour voir ses autres, c’est ici.
Voilà ci-dessous le bout de ma rue. Comme vous pouvez vous en apercevoir, il n’y a… rien ! Bon, en réalité, il y a un village à deux kilomètres, mais sinon c’est tout. Ce vide en face, c’est donc la fin de la capitale régionale.












