Sénégal Facts

L’administration sénégalaise

Un petit coup de téléphone ce soir m’a fait me souvenir d’une discussion avec un ancien collègue matamois. Ce dernier me décrivait son plan de carrière de la manière suivante : “je bosse une dizaine d’année dans le développement et ensuite, je me trouve un poste dans l’administration. J’estime qu’après dix ans à travailler au développement de mon pays, j’aurais bien mérité ça.”

Comme quoi, ça n’a pas l’air trop stressant l’administration chez eux !

Vendredi 23 juillet 2010 Sénégal Facts 2 commentaires

Chacun sa place

Le peuple sénégalais est composé de plusieurs ethnies. Chacune a un territoire d’origine, même si, au fil du temps, les gens bougent et les grandes villes comme Dakar ou Saint-Louis sont devenues de véritables melting pots.

La carte ci-dessous montre l’origine géographique des principales ethnies :

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Black or White ?

À la différence de la France où ils se fondent plus facilement dans la masse, les albinos en Afrique ont déjà un peu plus de difficultés. Chose assez étonnante, l’albinisme touche sept fois plus de personnes en Afrique qu’en Europe.

Pour mémoire, l’albinisme est une maladie génétique se caractérisant par une absence de pigmentation de la peau, des poils, des cheveux et des yeux.

En Afrique, ils n’ont pas la vie facile. Forcément, un bébé tout blanc qui nait de deux parents noirs, ça fait un peu désordre. Souvent, c’est la mère qui est accusée d’avoir fait les choses de travers : elle a dormi enceinte à la belle étoile dans un endroit interdit ou elle a été infidèle à son mari pendant la grossesse. Parfois difficilement accepté au sein de sa propre famille, le gamin peut se retrouver à devoir rester enfermé chez lui, à cause du regard des autres ou des conséquences des croyances liées à sa maladie. Parfois aussi, tout se passe très bien et tout le monde ne se préoccupe que de savoir s’il a bien de la crème solaire pour se protéger du soleil.

En effet, les préjugés ont la vie dure. Dans certains cas, les gens pensent qu’ils portent chance, du coup, ils cherchent à leur offrir des cadeaux pour se faire bien voir de l’Univers ou bien encore qu’une de leur mèche de cheveux accrochée au bon endroit apportera plus de poissons dans le filet et de meilleures notes à l’étudiant. Dans d’autres cas, ils sont perçus un peu plus négativement : se sont des sorciers, ils portent malheur, sont inaptes au travail, disparaissent la nuit, prédisent l’avenir, jettent des mauvais sorts, etc. Dans un dernier cas, il se dit qu’avoir des relations sexuelles avec un albinos permet de guérir du SIDA.

Si l’on en croit Internet, il semblerait même que des trafics d’organes d’albinos aient lieu dans certains pays du continent (Burundi, Tanzanie) et qu’un type aurait payé des organes d’albinos 250 millions de francs CFA (soit 375 000 €).

Après, dans les faits, depuis que je suis au Sénégal, j’en ai croisé quatre. Trois dans le même village dont deux qui étaient au collège et qui ne semblaient avoir aucune difficulté d’intégration et un autre croisé au hasard d’une rue à Dakar qui semblait aussi vivre sa vie normalement.

Pour les photos, je vous laisse aller voir sur Google Images (ou ailleurs).

Samedi 25 juillet 2009 Sénégal Facts Un commentaire

Bob le constructeur

Je m’y connais peu en construction, mais il ne me semble pas qu’en France, on fabrique ses briques sur le chantier même. Et bien ici, c’est le cas. Lorsque l’on construit (ou fait construire) sa maison, on apporte d’abord un tas de sable, puis un tas de graviers, son ciment, on branche un tuyau au réseau d’eau et hop, on fait pousser son champ de briques :

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De même, les soutiens en ferraille (désolée, je ne suis pas du métier), on les fabrique sur place. Au fur et à mesure que les murs montent, on plante les échafaudages (des planches de bois) dans les briques déjà posées (en y faisant des trous, qui seront rebouchés par la suite).

Pour la peinture, on la fait une fois que le volet est posé sur ses gonds, pareil pour le vernis sur les portes en bois. Non, parce que c’est tout de même beaucoup plus rigolo de frotter le carrelage pendant des heures pour enlenver les tâches.

Bref, au final, les maisons tiennent debout, mais on a souvent l’impression que c’est fait à la va-vite et que ça aurait pu être un tout petit peu plus fignolé. Exemple :dsc07200

Il faut bien reconnaitre que le gros avantage d’avoir son tas de sable devant la maison, c’est que ça fait une super aire de jeux pour les enfants du quartier. Le gros désavantage, c’est quand le tas vient d’être déposé au coin de la maison et que tu tournes trop sec avec la moto : on s’embourbe !

Petite leçon de wolof

La langue parlée par 80% de la population sénégalaise est le wolof. Il paraît que c’est assez simple à apprendre et c’est vrai que le peu que j’ai essayé, ça n’avait pas l’air trop compliqué. Après, je dois reconnaître que ça reste encore un peu trop compliqué pour ma flemmardise…

Ce qu’il faut savoir, c’est que dans cette langue, tout est dans la prononciation. Une mauvaise prononciation et vous pouvez rapidement vous retrouver à insulter votre interlocuteur. Exemple politiquement correct : l’école se dit “daara ji” et rien se dit “dara”.

Toujours concernant la prononciation, voici les lettres qui se prononce un peu différement de chez nous :

  • c : tch
  • j : dj
  • kh, q et x : rh (comme Juan en espagnol et achtung en allemand)
  • η : la petite lettre bonus qui se prononce ng comme dans camping

Ce qui fait que la phrase : Fan laa mëna ame restoraη bu baax ? Càmmoñ walla ndeyjoor ? ne se prononce pas comme vous avez essayé de le faire, mais Fan laa mÅ“na amè restorangue bou barh ? Tchammogne oualla ndeydjor ? Et encore, je ne vous ai pas mis les voyelles longues… Accessoirement, ça veut dire : où puis-je trouver un bon restaurant ? à gauche ou à droite ?

La petite chose rigolote, c’est d’entendre quelqu’un parler anglais avec l’accent wolof : on a l’impression d’entendre de l’allemand.

Toujours dans la prononciation (on va sûrement en rester là, je ne pense pas qu’une leçon de grammaire intéresse beaucoup de monde), pas mal de mots ont été pris du français et wolofisés. Quelques exemples frappants :

  • minise - [minissè] - menuisier
  • etijaη - [ètidjangue] - étudiant
  • sinemaa bi - le cinéma
  • boyet bi - [boyèt bi] - la boîte
  • estaasyoo-esaas - station-service

Cela fonctionne également dans l’autre sens : on a francisé - principalement - les noms propres. Ainsi, Joob est devenu Diop ; Njaay, Ndiaye ; Juuf, Diouf ; Caw, Thiaw ; Jaxate, Diakhaté. De même pour les villes, Thiès devrait s’écrire Cees ; Richard-Toll, Risaartool ; Ziguinchor, Sigicoor ; etc.

Et pour terminer, les trois mots de la vie courante qui vont bien :

  • oui : waaw
  • non : déedéet
  • Comment vas-tu ? : Na nga def ?
  • Je vais bien : Maa ngi fi rekk ou Jàmm rekk
  • merci : jërëjëf

C’est la lutte finale…

Comme promis il y a de cela quelques temps, une petite note sur le sport favori des sénégalais : la lutte. En effet, la lutte est au Sénégal ce que le sumo est au Japon : un truc qui nous, européens, nous semble un peu farfelu (en même temps, il faut bien reconnaître que le curling doit leur sembler un peu particulier aussi).

Le principe même est assez simple : dans un cercle, deux lutteurs doivent mettre l’autre à terre. La variante est la lutte avec frappe où, en plus du corps à corps, il y a la possibilité de se mettre des tartes dans le nez histoire de faire tomber l’autre plus rapidement. Pour les règles précises du genre : quand est-ce qu’on est réellement tombé à terre ? Il faudra repasser, les règles pouvant parfois diverger et surtout, cela reste à la libre appréciation des trois arbitres.

Bon, mais la lutte sénégalaise, ce n’est pas tant le combat (un peu quand même), c’est surtout tout le folklore qui va autour. En effet, chaque lutteur est entouré d’un marabout pour conjurer les mauvais sorts des adversaires et le rendre plus fort, de griots pour raconter ses exploits passés et effrayer ses adversaires, il y a des chants, des prières, des danses, etc. Le lutteur porte tout un tas de gri-gris sur lui et avant le combat, il suit un rituel précis. Finalement, le combat en lui-même constitue le dessert, mais avant, en guise d’entrée, il y a la signature des contrats la veille des combats et en plat de résistance, toute la préparation au combat.

Vu la popularité de la chose, ce sport s’est professionnalisé et désormais, cela fonctionne par galas ayant lieu dans les plus grands stades du Sénégal. Comme au football, les jeunes lutteurs entrent dans des écoles de formation (la plus réputée étant à Pikine, dans la banlieue de Dakar) qui s’appellent ici “écuries”.

Les lutteurs sont de gigantesques masses de muscles (1,98m, 130 kg en moyenne). Certains portent des noms d’emprunts. En voici quelques uns : Lac de Guiers, Tyson, Tapha Gueye, Bombardier, Baala Gueye, Yékini (si vous voulez avoir l’air au courant dans les salons mondains, c’est lui la star actuelle), Gris Bordeaux, Tyson, Brise de mer, Lac de Guiers 2, Modou Lô, etc.

Parce que rien ne vaut des images, voici un extrait d’un combat. Je n’y connais rien mais il ne me semble pas que ce soit le plus grand combat du siècle. Mais bon, au moins la vidéo permet de voir tout ce qu’il y a autour également. Par contre, pour la traduction des commentaires, il faudra repasser…

Vendredi 26 juin 2009 Sénégal Facts Pas de commentaire

Trois chiffres

Consommation d’eau par jour et par personne :

  • 120 à 150 litres en France,
  • 26 à 28 litres au Sénégal,
  • 18 litres à Matam.

Et oui, c’est assez sec par chez nous et les puits ou forages ne courent pas systématiquement les rues…

Pastis par temps bleu…

On parle, on parle (157 posts déjà, l’air de rien) mais je n’ai même pas présenté le plus important : la bière ! Bon, entre nous, il n’y a rien d’extraordinaire à savoir, mais pour votre culture générale, sachez qu’on s’enivre avec deux marques : la Gazelle et la Flag (acronyme au choix de Front de Libération des Alcooliques de Gauche ou Femme Libre Attend Garçon).

La Gazelle, c’est un peu LA bière nationale. D’une teneur assez faible en alcool, elle compense par la contenance : 63 cl la bouteille. Du coup, le grand défi à Matam, c’est de la terminer avant qu’elle ne deviene trop chaude. C’est parfois un peu compliqué…

gazelle

La Flag, elle, a nettement plus un goût de bière. C’est d’ailleurs peut-être pour ça qu’elle a un format plus standard.

flag

Celibrity Skin

Voici une liste non exhaustive de sénégalais connus et reconnus que vous devriez connaître. Si ce n’est pas le cas, cultivez-vous !

  • Léopold Sédar Senghor : premier président de la République du Sénégal (de 1960 à 1980 ; soit quatre mandats et demi), il était également membre de l’Académie Française. C’est lui qui a composé l’hymne national du Sénégal. Il est décédé en 2001.
  • Abdou Diouf : second président du Sénégal (de 1980 à 2000 ; soit 3 mandats et des poussières), il a été le premier ministre du premier (président) et deviendra par la suite secrétaire général de la Francophonie. Il l’est toujours (que l’on sache).
  • Cheikh Anta Diop : historien et anthropologue, il développe une thèse selon laquelle l’Egypte antique était peuplée d’africains noirs. Il en sortira un livre Nations nègres et culture. Depuis, il est mort et on a donné son nom à l’Université de Dakar.
  • Youssou Ndour : c’est LA star de la chanson au Sénégal. Tout le monde ne jure que par lui et en France, il remplit des Bercy à tour de bras. Je vous mettrais bien un extrait sonore, mais ce serait illégal et je n’en ai pas sous la main. Sinon, vous pouvez aller voir sur Deezer (ça, c’est légal).
  • Baaba Maal : un chanteur également, qui sera d’ailleurs en concert au festival Rock en Seine fin août.
  • Mamadou Niang : un peu de beauferie. Un joueur de football qui joue à Marseille et qui en plus vient du coin de Matam (Thiemping pour être précise). Les sénégalais étant fans de foot et de l’Olympique de Marseille, ça aide à la popularité.

Cheikh Ahmadou Bamba

Le petit commentaire de Michaële m’a donné plein de nouvelles idées de post et c’est tant mieux ; merci à elle. Dans un précédent message, j’essayais vainement à main levée et en totale impro de parler de Touba et tout ça mais ce n’était pas terrible. Du coup, petit retour sur le sujet.

En fait, au départ de Touba, il y a Cheikh Ahmadou Bamba. Né vers 1853, mort en 1927, c’est un marabout à l’origine de la confrérie des Mourides. Comme vous l’aurez habilement remarqué, il est de l’époque coloniale. Opposé à la présence française, il n’est cependant pas du genre guérilla mais plutôt adepte du style calme et tranquille à la Gandhi. Moult fois arrêté, enfermé, exilé  pour ses positions anti-française, il passera 4 ans en Mauritanie, 7 ans au Gabon, puis pas mal de temps en résidence surveillée au Sénégal. Après quelques années à se le mettre à dos, les autorités françaises se rendent compte qu’il ferait bien de collaborer avec lui vu ses idées pacifistes. Elles iront même jusqu’à vouloir lui remettre la Légion d’Honneur (il refusera).

Et donc c’est lui qui a créé le mouridisme (de plus amples détails dans un futur post, Inch’Allah) et surtout la ville de Touba au presque centre du Sénégal (cf. la carte). C’est là-bas désormais que repose sa dépouille. Tous les ans a lieu le grand Magal de Touba qui est un pèlerinage dans cette ville pour commémorer son départ en exil au Gabon.

Plusieurs histoires contribuent à sa légende. En voici quelques unes :

  • il se retrouve enfermé dans une cage avec un lion féroce qui devient soudainement doux comme un agneau ;
  • coincé (à propos) dans une ruelle, un taureau le charge et avant de le heurter, la bête tombe raide morte ;
  • dans un bateau en pleine mer, alors qu’il veut faire ses ablutions pour la prière, on l’en empêche. Il ne se démonte pas et quitte le navire pour les faire en pleine mer en marchant sur l’eau ;
  • au Congo, il est jeté dans un feu par des mercenaires mais les flammes l’épargnent.

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au Sénégal, Cheikh Ahmadou Bamba est vénéré par les mourides avec quasiment autant de force que le prophète Mahomet. Cela se manifeste notamment par le nombre de personnes allant au Magal de Touba mais aussi au quotidien en affichant des images du Cheikh partout : au plafond de sa boutique, en badge sur ses fringues, scotché au pare-brise de son véhicule, suspendu autour du cou, etc.

Par contre, c’est toujours la même image car il n’existe qu’une seule photo connue de lui. La voici :

ahmadubamba