Archive for juin, 2009
C’est la lutte finale…
Comme promis il y a de cela quelques temps, une petite note sur le sport favori des sénégalais : la lutte. En effet, la lutte est au Sénégal ce que le sumo est au Japon : un truc qui nous, européens, nous semble un peu farfelu (en même temps, il faut bien reconnaître que le curling doit leur sembler un peu particulier aussi).
Le principe même est assez simple : dans un cercle, deux lutteurs doivent mettre l’autre à terre. La variante est la lutte avec frappe où, en plus du corps à corps, il y a la possibilité de se mettre des tartes dans le nez histoire de faire tomber l’autre plus rapidement. Pour les règles précises du genre : quand est-ce qu’on est réellement tombé à terre ? Il faudra repasser, les règles pouvant parfois diverger et surtout, cela reste à la libre appréciation des trois arbitres.
Bon, mais la lutte sénégalaise, ce n’est pas tant le combat (un peu quand même), c’est surtout tout le folklore qui va autour. En effet, chaque lutteur est entouré d’un marabout pour conjurer les mauvais sorts des adversaires et le rendre plus fort, de griots pour raconter ses exploits passés et effrayer ses adversaires, il y a des chants, des prières, des danses, etc. Le lutteur porte tout un tas de gri-gris sur lui et avant le combat, il suit un rituel précis. Finalement, le combat en lui-même constitue le dessert, mais avant, en guise d’entrée, il y a la signature des contrats la veille des combats et en plat de résistance, toute la préparation au combat.
Vu la popularité de la chose, ce sport s’est professionnalisé et désormais, cela fonctionne par galas ayant lieu dans les plus grands stades du Sénégal. Comme au football, les jeunes lutteurs entrent dans des écoles de formation (la plus réputée étant à Pikine, dans la banlieue de Dakar) qui s’appellent ici “écuries”.
Les lutteurs sont de gigantesques masses de muscles (1,98m, 130 kg en moyenne). Certains portent des noms d’emprunts. En voici quelques uns : Lac de Guiers, Tyson, Tapha Gueye, Bombardier, Baala Gueye, Yékini (si vous voulez avoir l’air au courant dans les salons mondains, c’est lui la star actuelle), Gris Bordeaux, Tyson, Brise de mer, Lac de Guiers 2, Modou Lô, etc.
Parce que rien ne vaut des images, voici un extrait d’un combat. Je n’y connais rien mais il ne me semble pas que ce soit le plus grand combat du siècle. Mais bon, au moins la vidéo permet de voir tout ce qu’il y a autour également. Par contre, pour la traduction des commentaires, il faudra repasser…
Trois chiffres
Consommation d’eau par jour et par personne :
- 120 Ã 150 litres en France,
- 26 à 28 litres au Sénégal,
- 18 litres à Matam.
Et oui, c’est assez sec par chez nous et les puits ou forages ne courent pas systématiquement les rues…
Pastis par temps bleu…
On parle, on parle (157 posts déjà , l’air de rien) mais je n’ai même pas présenté le plus important : la bière ! Bon, entre nous, il n’y a rien d’extraordinaire à savoir, mais pour votre culture générale, sachez qu’on s’enivre avec deux marques : la Gazelle et la Flag (acronyme au choix de Front de Libération des Alcooliques de Gauche ou Femme Libre Attend Garçon).
La Gazelle, c’est un peu LA bière nationale. D’une teneur assez faible en alcool, elle compense par la contenance : 63 cl la bouteille. Du coup, le grand défi à Matam, c’est de la terminer avant qu’elle ne deviene trop chaude. C’est parfois un peu compliqué…
La Flag, elle, a nettement plus un goût de bière. C’est d’ailleurs peut-être pour ça qu’elle a un format plus standard.
Celibrity Skin
Voici une liste non exhaustive de sénégalais connus et reconnus que vous devriez connaître. Si ce n’est pas le cas, cultivez-vous !
- Léopold Sédar Senghor : premier président de la République du Sénégal (de 1960 à 1980 ; soit quatre mandats et demi), il était également membre de l’Académie Française. C’est lui qui a composé l’hymne national du Sénégal. Il est décédé en 2001.
- Abdou Diouf : second président du Sénégal (de 1980 à 2000 ; soit 3 mandats et des poussières), il a été le premier ministre du premier (président) et deviendra par la suite secrétaire général de la Francophonie. Il l’est toujours (que l’on sache).
- Cheikh Anta Diop : historien et anthropologue, il développe une thèse selon laquelle l’Egypte antique était peuplée d’africains noirs. Il en sortira un livre Nations nègres et culture. Depuis, il est mort et on a donné son nom à l’Université de Dakar.
- Youssou Ndour : c’est LA star de la chanson au Sénégal. Tout le monde ne jure que par lui et en France, il remplit des Bercy à tour de bras. Je vous mettrais bien un extrait sonore, mais ce serait illégal et je n’en ai pas sous la main. Sinon, vous pouvez aller voir sur Deezer (ça, c’est légal).
- Baaba Maal : un chanteur également, qui sera d’ailleurs en concert au festival Rock en Seine fin août.
- Mamadou Niang : un peu de beauferie. Un joueur de football qui joue à Marseille et qui en plus vient du coin de Matam (Thiemping pour être précise). Les sénégalais étant fans de foot et de l’Olympique de Marseille, ça aide à la popularité.
Jamais contente
L’hivernage est arrivé. Youpi ! À nous les moustiques, la boue, la pluie.
Non, parce qu’ici, la météo, c’est la galère presque toute l’année :
- de mars à juin : il fait chaud (pas moins que 35°, parfois plus que 49°), sec, et il y a des tempêtes de sable régulièrement qui rendent l’air étouffant et encore plus chaud que d’habitude (et en prime, qui donne un aspect jaunâtre à tout ce qui nous entoure) ;
- de juin à septembre : c’est la pluie. C’est sympa la pluie, surtout depuis le temps qu’on l’attend. L’inconvénient, c’est que ça attire les moustiques (et le palu) et comme les routes ne sont pas forcément goudronnées, ça fait plein de boue partout. Enfin, à certains endroits, c’est des inondations à n’en plus finir ;
- de septembre à novembre : on entre en saison sèche. Il ne pleut plus et il se remet à faire beau (au sens européen du terme) et donc il se remet aussi à faire un peu chaud. Suffisamment pour transpirer toute la journée, mais pas assez pour faire fuir les moustiques ;
- de décembre à février : c’est la période froide de la saison sèche. Donc c’est assez sympa, puisqu’on redescend autour de 20-25° la journée et 16 au petit matin. C’est chouette, mais le problème, c’est que ni la maison, ni nous-même ne sommes équipés pour ces températures qualifiables de polaires : pas de vitres aux fenêtres, à peine un petit pull en stock, pas de couverture et pas d’eau chaude dans le robinet. Donc on a froid et on en arrive presque à souhaiter la remontée du thermomètre.
Avis de tempête
Hier soir, j’ai testé pour vous la véritable tempête de sable made in Sahel.
C’est tout à fait impressionnant : ça commence par l’approche du nuage de poussière, un peu comme dans les films catastrophes (cf. image ci-après). Ensuite, et bien il fait tout noir, on respire et on mange du sable mais le vent ne souffle pas si fort que ça (enfin, en tout cas, quand on est au cÅ“ur du nuage). Enfin, on attend sagement que ça passe parce qu’on ne peut rien faire d’autre. En bonus parfois, il y a une coupure de courant parce que dans le super noir, c’est beaucoup plus rigolo.
Enfin, les dégâts sont surtout poussiéreux : puisque les maisons n’ont pas de vitres mais de grandes ouvertures pour faire passer l’air, et bien c’est porte ouverte à tout ce qui vole. Voilà ci-dessous tout ce que j’ai ramassé en un coup de balai chez moi après la bataille (ça doit peser un peu plus d’un kilo) :
Cheikh Ahmadou Bamba
Le petit commentaire de Michaële m’a donné plein de nouvelles idées de post et c’est tant mieux ; merci à elle. Dans un précédent message, j’essayais vainement à main levée et en totale impro de parler de Touba et tout ça mais ce n’était pas terrible. Du coup, petit retour sur le sujet.
En fait, au départ de Touba, il y a Cheikh Ahmadou Bamba. Né vers 1853, mort en 1927, c’est un marabout à l’origine de la confrérie des Mourides. Comme vous l’aurez habilement remarqué, il est de l’époque coloniale. Opposé à la présence française, il n’est cependant pas du genre guérilla mais plutôt adepte du style calme et tranquille à la Gandhi. Moult fois arrêté, enfermé, exilé pour ses positions anti-française, il passera 4 ans en Mauritanie, 7 ans au Gabon, puis pas mal de temps en résidence surveillée au Sénégal. Après quelques années à se le mettre à dos, les autorités françaises se rendent compte qu’il ferait bien de collaborer avec lui vu ses idées pacifistes. Elles iront même jusqu’à vouloir lui remettre la Légion d’Honneur (il refusera).
Et donc c’est lui qui a créé le mouridisme (de plus amples détails dans un futur post, Inch’Allah) et surtout la ville de Touba au presque centre du Sénégal (cf. la carte). C’est là -bas désormais que repose sa dépouille. Tous les ans a lieu le grand Magal de Touba qui est un pèlerinage dans cette ville pour commémorer son départ en exil au Gabon.
Plusieurs histoires contribuent à sa légende. En voici quelques unes :
- il se retrouve enfermé dans une cage avec un lion féroce qui devient soudainement doux comme un agneau ;
- coincé (à propos) dans une ruelle, un taureau le charge et avant de le heurter, la bête tombe raide morte ;
- dans un bateau en pleine mer, alors qu’il veut faire ses ablutions pour la prière, on l’en empêche. Il ne se démonte pas et quitte le navire pour les faire en pleine mer en marchant sur l’eau ;
- au Congo, il est jeté dans un feu par des mercenaires mais les flammes l’épargnent.
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au Sénégal, Cheikh Ahmadou Bamba est vénéré par les mourides avec quasiment autant de force que le prophète Mahomet. Cela se manifeste notamment par le nombre de personnes allant au Magal de Touba mais aussi au quotidien en affichant des images du Cheikh partout : au plafond de sa boutique, en badge sur ses fringues, scotché au pare-brise de son véhicule, suspendu autour du cou, etc.
Par contre, c’est toujours la même image car il n’existe qu’une seule photo connue de lui. La voici :
Il faut savoir se détendre…
Suite à des remarques désobligeantes, je me vois dans l’obligation de mentionner que cette photo n’a pas été prise par moi (qui en aurait douté puisque tout le monde sait que je ne sais pas les prendre) mais par Solenne B.
Et il faut bien préciser par là même toutes les qualités de ce personnage. Outre le fait de savoir prendre les photos qui vont bien (même s’il a fallu la retoucher avant de la publier [la photo, pas la fille]), elle sait également faire la blague qui va bien, n’a pas peur du ridicule et est capable de vous chanter l’intégralité du répertoire de la chanson française, de 1980 à nos jours.
C’est bon, t’es contente maintenant ?!





